L'opposition positive

Le pôle médical de Taverny

Comme en certaines choses, deux visions s’opposent dans la manière d’envisager l’offre de soins proposée aux Tabernacien.nes par la mairie.

L’actuelle majorité municipale a opté pour une médecine privée en offrant à des médecins pratiquant une activité libérale, un pôle médical flambant neuf qui coûtera la bagatelle de 2,326 millions d’euros hors taxes[1], soit près de 2,8 millions toutes taxes comprises. Pour toute contrepartie, chaque praticien devra s’acquitter d’un loyer mensuel compris entre 500 et 600 euros (hors charges) 1. Vu le prix d’une consultation chez un généraliste (23 euros pour ceux ne pratiquant pas de dépassement d’honoraires) ou un spécialiste fût-il de secteur I, l’opération sera vite rentable.

Ce pôle médical a déjà fait débat au point que 10 praticiens libéraux, transfuges pour la plupart du pôle de santé de Beauchamp, se sont vu offrir par la mairie une tribune dans la publication municipale Taverny Mag 2. Comme pour se justifier !

Sans mettre en question leurs compétences, leur implication et leur dévouement pour leurs patients, il est cependant intéressant de constater que 7 des 10 médecins signataires de cette tribune pratiquent un dépassement d’honoraires, si l’on en croit le site doctolib sur lequel ils sont référencés.  Ils évoquent dans leur tribune « les charges pour le fonctionnement et l’entretien du bâtiment, ainsi que les salaires du secrétariat médical ». On ne conteste pas ce coût mais il faut le mettre en regard du chiffre d’affaires généré par les consultations et de la mutualisation des charges entre les occupants du pôle médical.

On peut par ailleurs s’interroger sur la composition de ce pôle de santé puisqu’on n’y compte pas moins de quatre dermatologues. Notons que les quatre dermatologues qui ont signé la tribune sont en secteur II…

Par contre dans ce pôle de santé : ni cardiologue, pneumologue, neurologue, endocrinologue, ophtalmologue, psychiatre ou dentiste.

Une autre manière de voir les choses consisterait à envisager la création d’un centre de santé municipal où les médecins seraient salari.é.es et donc payé.es à la vacation et non pas à l’acte. Cette solution permettrait d’éviter les dépassements d’honoraires qui peuvent occasionner un reste à charge pour les usagers et causer souvent un renoncement aux soins. Par ailleurs, ce centre de santé municipal aurait  vocation à organiser des actions de prévention et de promotion de la santé.

Dans leur tribune, nos futur.e.s praticien.ne.s affirment « que la médecine salariée ne peut apporter de réponse tangible à la pénurie médicale actuelle et que les structures de dispensaires municipaux alentours induisent à la communauté un coût considérable sur des plages limitées et des plateaux techniques souvent réduits. » En réponse à cette assertion, on peut se demander en quoi la médecine libérale apporte une meilleure réponse à la pénurie de médecins et les 2,8 millions d’euros que coûte la construction du pôle ne représentent-ils pas un coût considérable pour la communauté ? En outre, si la médecine salariée était si peu encline à résoudre les problèmes de déserts médicaux, alors pourquoi notre communauté d’agglomération aurait-elle décidé de mettre en place un dispositif de bourse d’études aux étudiant.e.s en médecine pendant la durée de leur internat en contrepartie d’une activité libérale ou … salariée pendant trois ans sur le territoire de l’agglo « tout en pratiquant leur activité aux tarifs conventionnés de secteur I ».3

Qu’est-ce que les Tabernacien.nes auraient à gagner avec un tel centre de santé municipal ? A priori, les tarifs y sont moins élevés, car c’est la mission des centres de santé : permettre l’accès aux soins au plus grand nombre et prioritairement aux personnes qui vivent dans la précarité. Il est inscrit dans la loi qu’un centre de santé doit pratiquer des tarifs de secteur I (c’est-à-dire sans dépassement d’honoraires) ainsi que le tiers-payant.

Dans les environs, des villes comme Argenteuil, Colombes, Bezons, Sannois, Franconville, Goussainville, Sartrouville disposent d’un centre de santé (parmi les quelques 1900 centres de santé existant en France), alors pourquoi pas Taverny ?

SD

[1] leparisien.fr du 11 octobre 2016

2 Page 8 du N°21

3 Le mag de l’agglo du Val Parisis N°6 page 17

 
Secteur 1/ secteur 2 ?
Un médecin de secteur 1 conventionné calque ses honoraires de
consultation sur les tarifs de remboursement définis par la Sécurité
sociale. La base de remboursement de la consultation par la sécurité
sociale est la même en secteur 1 et en secteur 2.
Une personne affiliée à la CMU consultant un médecin du secteur 1
bénéficie d’un remboursement à 100 %. Les mutuelles complètent le plus
souvent le reste à charge lié à la consultation de secteur I puisque la
sécurité sociale prend en charge 70% du prix de la consultation.
Les médecins de secteur 2 définissent librement leurs honoraires, qu’ils
soient généralistes ou spécialistes et peuvent donc pratiquer des tarifs
supérieurs à ceux établis par la Sécurité sociale. Vous devrez alors
vous acquitter d’un dépassement d’honoraires. Il arrive que les
mutuelles ne prennent pas en charge la totalité de ce dépassement
d'honoraires.

1 réflexion au sujet de “Le pôle médical de Taverny”

  1. Excellente analyse !
    Dommage que ce soit pas une fiction, que la santé publique soit réduite à une marchandise de consommation.
    Que des médecins sous serment aient fait le choix de l’argent roi.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s